La favela et son mythe d’origine selon Licia Valladares


Le terme favela vient de « faveleiro » qui est le nom populaire du Jatropha Phyllacantha, un grand arbuste de la famille des euphorbiacées, aux fleurs claires, fruits foncés et semences oléagineuses. On rencontre cette plante dans le Sertão mais également dans l’Etat de São Paulo. L’origine du mot favela est intimement liée à la Guerre de Canudos de 1897  qui a entrainé la destruction, dans le sang, du village de Canudos dans le Sertão. Le tout jeune gouvernement républicain avait envoyé à l’époque une troupe de militaires armés afin d’écraser  la secte à caractère religieux menée par le charismatique Antonio Conselheiro (« Antonio, le Conseiller »)  qu’il considérait comme royaliste.

De retour dans la capitale, confrontées à l’absence de logements, les troupes installèrent un campement sur le Morro (colline) de Providencia dans le centre de Rio de Janeiro. Les soldats rebaptisèrent le lieu « Morro da Favella » en référence à la colline du même nom où était établi le village des « frondeurs ». La colline de Canudos portait ce nom en raison des « faveleiros » qui y poussaient. Dès le début du XXe siècle, le Morro da Favella fait l’objet de nombreux articles de journaux décrivant le lieu comme repère de criminels, déserteurs de l’armée, voleurs et prostitués. Le terme « favella » sera plus tard utilisé pour désigner un phénomène urbain nouveau, celui de l’occupation des collines de la ville par des populations pauvres, il perdra un « l » au passage.

Pour Licia Valladares[1] , la Guerre de Canudos constitue le mythe fondateur de la favela. En effet, tous les auteurs se réfèrent à cet épisode historique pour expliquer la formation des favelas à Rio de Janeiro. Ce mythe d’origine n’est pas uniquement le fruit d’une référence historique ou géographique selon elle, il s’appuie sur le récit de cette bataille relatée dans le livre de Euclides da Cunha, Os Sertões (1902), un best-seller à l’époque. Les images véhiculées par cet ouvrage auraient permis aux intellectuels de comprendre et interpréter ce phénomène urbain nouveau qu’est alors la favela. Licia Valladares se réfère à de nombreuses analogies entre les récits de journalistes et intellectuels de l’époque et le livre d’Euclides da Cunha.

J’avais, moi, de ce lieu, l’idée que des ouvriers pauvres s’y regroupaient dans l’attente d’un logement et j’eus l’envie d’accompagner les musiciens […] La colline était comme toutes les autres collines. Un chemin large et en mauvais état permettait de découvrir une vue de plus en plus vaste, sur la ville illuminée […]. Je les accompagnais donc et me suis retrouvée dans un autre monde. Plus de lumière. Nous étions en pleine campagne, dans le sertão, loin de la ville. Le chemin qui descendait en serpentant était tantôt étroit, tantôt large, mais toujours plein de creux et de bosses. De chaque côté, se trouvaient des maisons petites et étriquées, faites de planches de récupération, et entourées de clôtures délimitant des jardins potagers. La descente allait être difficile…

« Os livres acampamentos da miséria » dans Vida Vertiginosa, 1911. (P : 51-52.)


[1] Valladares Licia. La Favela d’un siècle à l’autre. Mythe d’origine, discours scientifiques et représentations virtuelles. Editions MSH, 2006.


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